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La véritable histoire de la pelle du 18 juin.
Si la pelle du 18 juin faite par un certain De Gaulle, Charles un placier qui travaillait au restaurant de l'Etoile à Paris, est entré dans l'histoire, le nom de sa partenaire est resté ignoré du grand public. Mais ce n'était qu'un début, car la vraie, l'unique pelle historique est celle du 14 juin 1942, même si quelques années plus tard, en 1976, certains illuminés tenteront d'en reprendre le mégot.
Son origine remonte à la guerre de Quatorze, la Grande ou la Der des Ders, lorsqu'un certain Gérard, que l'on surnommait Lenorman, sans D, allez savoir pourquoi, fut appelé sous les drapeaux.
Le brave Gérard, un peu benêt, enrhumé chronique et complètement myope, se retrouva sur le front du côté, non de chez Swann, mais plus à l'Est vers Verdun.
Au retour d'une énième tentative de percement des lignes ennemies, Gérard perdit de vue ses camarades et il erra de tranchées en tranchées jusqu'à ce que, d'épuisement, il s'endorme. Un beau jour ou peut-être une nuit, près d'une flaque de boue, il s'était endormi, quand soudain, semblant crever le ciel, et venant de nulle part, surgit un éléphant rose. Il faut dire qu'avant l'assaut, Gérard et ses copains avaient passé quelques heures dans un cabaret où deux célébrités alors quasi inconnues, Lama et Delon, servaient à boire aux soldats qui remontaient vers le front.
Gérard ouvrit les yeux et s'aperçut que l'abus d'absinthe avait colorié l'éléphant volant en rose alors qu'il était tout simplement vert-de-gris. Comme quoi l'alcool vous fait croire des choses quand même, un éléphant volant rose ! Tout le monde sait bien qu'ils sont vert-de-gris. Lentement, les ailes déployées, lentement, il le vit tournoyer. Près de lui, dans un bruissement d'ailes, comme tombé du ciel, l'éléphant vint se poser. De sa grosse patte, il a touché sa joue, dans sa main, il a glissé son cou.
Gérard se rendit alors compte qu'il tenait dans ses bras une imposante dame blonde, ce qui n'avait rien d'étonnant en soi, car il se trouvait sur le chemin des Dames. Cette matrone, c'était Gretel, une cantinière allemande, que tout le monde, enfin du côté allemand, surnommait la Grosse Bertha. Comme elle souffrait de flatulences chroniques, les officiers allemands la plaçaient, lorsque le vent soufflait vers les positions françaises à la limite de celles-ci. Très respectée, car elle était la première arme chimique, elle se sentait toutefois bien seule.
Le couple nouvellement formé s'étendit sur les pelisses mélangées, bleu, garance et vert-de-gris. Gretel parla de son enfance, de son père bucheron, des promenades dans la forêt avec son frère Hansel, de la maison en pain d'épice et de la vielle femme qui mangea son frère. Gérard lui raconta la Normandie, les vaches rousses, blanches et noires sur lesquelles tombe la pluie, et les cerisiers blancs made in Normandie. Une mare avec des canards, des pommiers dans la prairie et le bon cidre doux made in Normandie, les œufs made in Normandie, les bœufs made in Normandie, un p'tit village plein d'amis. Et puis les filles aux joues rouges qui donnent aux hommes de là -bas, qui donnent aux hommes de l'amour, l'amour made in Normandie.
Mais l'aube approchait, Gretel ne voulait plus quitter Gérard, mais comment faire, ils étaient comme un petit poisson, un petit oiseau. Ils s'aimaient d'amour tendre, mais comment s'y prendre quand sur le chemin des Dames, l'une est Allemande et l'autre Français.
Gretel eu une idée, elle déshabilla rapidement un soldat allemand dont le cadavre pourrissait dans le coin, en vêtit Gérard et lui dit, qu'il s'appellerait Hans et que désormais il devrait répondre simplement Jawohl dès qu'un officier l'appellerait. Elle remit notre nouvel Hans, anciennement Gérard, du bon côté, enfin de son nouveau bon côté, et regagna sa position. Ils devaient se retrouver au même endroit au milieu de la nuit prochaine.
La journée se passa bien pour notre nouvel Hans mais le soir arrivant un drame se préparait dans le brouillard qui peu à peu recouvrait les tranchées.
A l'heure de l'apéro, les soldats français avaient inventé un nouveau jeu. Ils se mettaient en position de tir face aux tranchées allemandes. L'un d'eux criait alors Hans. Cela ne manquait jamais, du côté allemand, une tête se levait dans la brume criant Jawohl et un Français tirait. Le gagnant remporte alors un quignon de pain moisi. Et ce soir-là , lorsque l'ancien Gérard entendit crier Hans, fidèle aux consignes données par Gretel, il se leva et cria Jawohl. Quelques instants plus tard, un soldat, jeune, bouche ouverte, tête nue, et la nuque baignant dans la pourriture de la tranchée, dormait, il était étendu dans la boue. Il dormait sous la lune, la main sur sa poitrine, tranquille. Il avait un trou rouge au milieu du front.
Inconsolable, Gretel, la grosse Berta, fût rapatriée en Allemagne. Elle ignorait encore qu'elle ramenait un polichinelle dans l'tiroir, une brioche dans le four quoi.
Un bébé naquit à Leidenstadt auquel Gretel, dont le nom de famille était Stange, donna le prénom de Charles.
Les années passèrent…
Charles, passionné de pêche à la ligne, était devenu un homme de bonne taille au point que ses copains le surnommaient, Doppelt Stange, pour souligner à la fois sa passion et sa grande taille. Charles qui, en souvenir de son père, qu'il n'avait pas connu, avait appris le français et qui ne rêvait que de revoir sa Normandie, préférait qu'on l'appelle Charles Double Gaulle.
Les années passèrent encore….
Charles, en l'honneur de son père soldat, s'engageât dans la Wehrmacht. Il se rêvait cuirassier chevauchant un grand cheval noir et chargeant dans l'aube blanche d'un petit matin, sa cuirasse étincelant sous les premiers rayons du soleil et le sabre brandi à bout de bras fracassant les cranes ennemis. Las, il se retrouva au guidon d'une Zündapp avec, dans le side-car à son côté, son copain Hans (Hans était toujours un prénom très répandu dans l'armée allemande) qui veillait sur le fusil-mitrailleur.
Et puis ce fut la guerre, l'attente longue, fastidieuse, et soudain, le Blitzkrieg. A toute allure, la traversée des Ardennes, puis celle du Nord-Est et l'arrivée à Paris. Charles Double Gaulle et son camarade Hans ne rencontrèrent même aucun soldat français, tous partis rapidement. Tout au plus, Hans pu s'amuser à tirer quelques balles sur des civils apeurés qui s'enfuyaient devant l'armée allemande mais s'étaient fait rattraper sur la route par la patrouille tout aussi allemande.
Au loin de l'autre côté de la Manche, un 18 juin, un presque homonyme, lança un appel, mais Charles Double Gaulle, au guidon de sa moto, le vent sifflant dans ses oreilles, ne l'entendit pas.
Et ce furent les années heureuses de l'occupation, n'oublions pas que Charles était allemand. Et qu'il était né en 15 à Leidenstadt, sur les ruines d'un champ de bataille. Était-il meilleur ou pire que ces gens, puisqu'il était allemand ? Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance, nourri de rêves de revanche, a-t-il été de ces improbables consciences, larmes au milieu d'un torrent ? Ben non, lui qui avait rêvé de chevauchées fantastiques dans les steppes de Russie ou, avec Rommel, dans le désert de Lybie, il occupait Charenton. Sa seule consolation, lors de ses perms, taquiner le goujon sur les bords de Seine.
Les années passèrent, encore et encore … (C'est fou ce qu'elles passent les années !)
Et cette pelle alors ? Elle arrive, elle arrive.
Et arriva l'été 42, Charles s'ennuyait ferme en ce beau mois de juin. Alors qu'il revenait de la pêche et marchait dans Charenton, un beau matin, une belle jeune fille rousse lui tomba dans les bras au détour d'un coin de rue. Un homme la poursuivait, que Charles mit rapidement en déroute. Il vit en s'enfuyant que l'homme portait un blouson avec floqué sur le dos l'inscription « GESTA » et en dessous « piste ». Il s'agissait d'un mauvais garçon nommé Lacombe, Lucien, qui travaillait comme garçon de piste au cirque GESTA installé sur la pelouse de Reuilly, ses copains le surnommant Lucien le Gestapiste comme son blouson. La jeune femme, qui se nommait, France, Aimée, Victoire, Désirée Horn, expliqua qu'elle travaillait comme caissière dans le même cirque que Lucien. On l'appelait d'ailleurs le Grand Cirque car il était dirigé par Pierre Clostermann, un ancien aviateur. Lucien la poursuivait de ses avances, soupçonnant qu'elle fût un peu juive et eu dû porter l'étoile jaune.
France craignait que Lucien ne revienne avec sa bande, enfin son copain Renaud car Pierrot avait eu les deux jambes écrasées dans un accident de moto, Riton avait pris une balle dans le buffet et un autre, dont on a oublié le nom, pourrissait à la santé pour avoir craché sur un greffier. Charles émerveillé par la longue chevelure de feu de France, proposa de la raccompagner.
France l'entraîna en courant le long des ruelles de Charenton, et prit un raccourci en traversant l'usine abandonnée des Beaux Bretzels de Charenton, la BBC. Ils arrivèrent dans l'ancien bureau du chef d'équipe, avec un pupitre au-dessus duquel un micro, qui servait à transmettre les ordres à l'atelier, pendait du plafond. France heurta l'écritoire, et tomba dans les bras de Charles. Comme dans un autre temps, une autre guerre entre Gérard et Gretel, ce fut le coup de foudre entre France et Charles.
Un long baiser les unis, en ce 18 juin, sous le vieux micro de la BBC. Ce fut la pelle du 18 juin. La vraie, la seule, l'unique. La grande galoche, le monstrueux patin, un suçage de caillou comme jamais vu, un roulage de calot d'anthologie.
Quelques années plus tard, un certain Robert Doisneau, voulu immortaliser la scène et il revint sur les lieux avec deux acteurs, mais l'éclairage n'étant pas bon, il se transporta à l'air libre et la fameuse photo qui devait se nommer « La pelle sous le micro de la BBC » fut renommée « Le baiser de l'Hôtel de Ville ».
Que devinrent Charles Double Gaulle et France, Aimée, Victoire, Désirée Horn ? Leurs destins furent tragiques.
Le 16 juillet 1942 au matin, Lucien le gestapiste, se rendit chez France pour se saisir de son corps. Elle parvint à s'enfuir par les caves et à sauter dans un taxi. Elle demanda au chauffeur de la conduire rapidement chez sa tante, qui habitait dans le XVème, et au domicile de laquelle elle comptait se cacher. Arrivé rue Nélaton, le chauffeur fut surpris par un tas inhabituel de bus qui déversaient des passagers devant le Vel d'Hiv à cette heure incongrue. Il freina, le véhicule se déporta et heurta le mur du Vel d'Hiv, son gazogène s'embrasant instantanément. Une petite fumée blanche qui montait vers le ciel fut la toute dernière trace de France.
Quant à Charles, désespéré, il demanda une affectation au front. Il fut envoyé en Libye, en Italie, puis au fur et à mesure des défaites, mais à son grand bonheur, affecté en Normandie où il arriva en chantant où il arriva en parodiant une chanson de Frédéric Berat, « J'ai fait le désert de Libye, dans une jolie voiture blindée, et sous le ciel de l'Italie, j'ai visité tous les musées, mais en traversant ces patries, je me disais, aucun séjour n'est plus beau que la Normandie. C'est un pays où je reviens toujours, c'est un beau rêve qui me hante, et qui hantait mon père aussi (mon cher monsieur). Dans cette campagne charmante, je voudrais avoir un logis, un vieux blockhaus pour la famille que j'aurais eu avec France. » Plus tard, un groupe de chanteurs reprendra à la fois la chanson et pour, ne plus avoir de Problèmes, utilisera aussi le nom des Charlots. Un hommage à Charles ?
En mai 1940, Charles fut affecté dans un blockhaus, à la pointe du Hoc où il passa quelques jours tranquilles, se remettant même à la pêche. Un matin de juin, alors qu'il partait avec ses deux gaules, il sortit en croisant à la ferme voisine Julien qui préparait le troupeau, dans la cuisine, Marie-Martine qui venait d'allumer les fourneaux et la vieille Louise qui était assise, elle, réchauffait ses pauvres mains.
Quand soudain se tournant vers la mer, il aperçut dans l'aube sale (dans les récits allemands, l'aube du 6 juin est toujours sale, alors que dans les récits américains, elle est radieuse), au loin, les Américains. Ils sont tombés du ciel, comme s'ils avaient des ailes. Ils apportaient un air de liberté. Ils venaient de Virginie, d'Oklahoma, du Tennessee, le jour le plus long les attendait ici.
Charles, abandonnant ses deux gaules, se précipita vers le blockhaus hurlant, « Sie Komen ! ». Les premiers obus tombèrent, Charles Deux Gaulle fut enveloppé de flammes. Une petite fumée blanche qui montait vers le ciel fut la dernière trace de Charles Doppelt Stange. Si quelqu'un avait bien observé à ce moment, il aurait remarqué que la petite fumée en avait rejoint une autre surgie de nulle part. Charles et France étaient à nouveau réunis montant vers le soleil dans les éclairs des explosions. C'est beau hein !
Emprunts :
« Hansel et Gretel », conte des frères Grimm ;
« Made in Normandie », chanson de Stone & Charden ;
« Le dormeur du Val », sonnet d'Arthur Rimbaud ;
« Lacombe, Lucien », film de Louis Malle avec Aurore Clément (France Horn) et Pierre Blaise (Lucien Lacombe) ;
« Né en 17 à Leidenstadt », chanson de Jean-Jacques Goldman ;
« La bande à Lucien », chanson de Renaud ;
« Le grand cirque », livre de Pierre Clostermann ;
« Le baiser de l'Hôtel de Ville », photographie de Robert Doisneau ;
« J'irais revoir la Normandie », chanson des Charlots (ex Problèmes) et parodie de la chanson de Frédéric Bérat, « Ma Normandie » ;
« Jour J » chanson de Jean-Pax Mefret ;
« Sie komen ! », livre de Paul Carell ;
« La fumée blanche », prêtée par le Pape (doit être rendue à sa mort, son successeur en aura besoin).
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Claude Bukowski à 20h48
pendant Gros chagrin
Comme le savant fou français, grosse tristesse d'avoir perdu le maître d'armes. J'aimais beaucoup son personnage dans Kaamelott, à la fois totalement irrévérencieux, et fidèle jusqu'à la mort.
En plus il avait une belle gueule !
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Flaming Youth à 19h58
pendant Tiphaine
Salut les bidonautes.
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Stéphane à 13h34
pendant Ca gonfle pour moi
Non
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Clickelnet à 12h07
pendant On a tous envie d'être un héros
Bonjour mes gins, bonjour tertous !
Excellent RécréaBide Toudouceman.
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Forum : Bla bla
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Jaksche
Y raque
Inscrit depuis le 11/12/2001
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La question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville ?
Le 13-10-2013 à 13:08:08
Réalisateur à succès avec Le Samouraï et Le cercle rouge, Jean-Pierre Melville a suscité beaucoup de jalousie, d'agacement par un personnage publique d'apparence obséquieux, précieux, cultivé.
Et vous qu'en pensez-vous? Des anecdotes?
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Jaksche
Y raque
Inscrit depuis le 11/12/2001
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 13:47:07
Suite : Des anecdotes? Des coups de cœur? Est-ce votre réalisateur de chevet? Peut-on aimer Duras et le cinéma?
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Claude Bukowski
Abrégé de Lettres
Inscrit depuis le 22/03/2006
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 13:47:23
Si je peux me permettre…
Il y a des créateurs dont le personnage est détestable, et l'œuvre admirable. Ils sont peut-être même la majorité…
La question est de savoir si le créateur relie ou non sa personnalité à son œuvre.
Dans certains cas, comme par exemple Gainsbourg période Gainsbarre, ou la plupart des rappeurs et R'n'Bieurs contemporains (La Fouine, Booba, Joey Starr…) c'est le cas.
Dans d'autres cas, la personnalité du créateur est partiellement ou totalement distincte de son œuvre.
Je pourrais citer ici beaucoup d'exemples de créateurs admirables, à la vie et aux idées exécrables. Je pourrais même parler de Céline mais je crains de nous embarquer dans un débat trop conflictuel, alors je ne le ferai pas.
Dans un autre registre, j'ai ouï dire par des musiciens qui avaient bossé avec lui, que Guy Marchand était un type très déplaisant, ce qui ne m'empêche pas d'aimer ses chansons. Car il n'y fait pas transparaître sa personnalité.
A mon avis, Melville est à ranger dans cette catégorie ; sa vie personnelle étant clairement distincte de son travail, on peut totalement apprécier son œuvre sans se soucier de sa personnalité.
Mais ça reste une opinion strictement personnelle.
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Claude Bukowski
Abrégé de Lettres
Inscrit depuis le 22/03/2006
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 13:49:46
Posté par Jaksche :Peut-on aimer Duras et le cinéma? Marguerite Duras qui n'a pas seulement écrit des conneries. Elle en a aussi filmé.
Mais je m'égare.
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Jaksche
Y raque
Inscrit depuis le 11/12/2001
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 16:03:17
Je suis d'accord avec toi, c'est un peu le Contre Sainte Beuve de Proust.
Ce que je voulais savoir c'est qu'un ami, directeur d'un mensuel de cinéma m'a confié non des anecdotes mais un point de vue très critique au sujet de Melville.
J'avais revu L'armée des ombres ensuite, et j'ai trouvé le film très mauvais, pompier et pour un ancien résistant qu'est Grumbach, faisant presque passer la Gestapo pour des gentils. On pourrait en parler pendant des heures -et dieu sait que j'aime Le deuxième souffle et le Samouraï - mais au final, Melville n'est il pas l'ancêtre de Tarantino (ce dernier est admirateur de Melville, mais pas le contraire)?
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Jaksche
Y raque
Inscrit depuis le 11/12/2001
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 16:12:47
Pour te répondre, Claude, j'aimais beaucoup Patrick Font, en tant qu'artiste. Et je trouve que Philippe Val est un artiste sous-estimé (en tant qu'artiste dans le groupe Font et Val puis tout seul). Cela ne veut pas dire que je cautionne tous leurs faits et gestes (Val est quand même plus sympa).
Pour Céline, je suis prêt à t'écouter, car je trouve ridicule que cet auteur qui a inventé un style littéraire soit dénigré de manière aussi conne : http://www.youtube.com/watch?v=J4sVjhKpElQ
S'il s'agit des Beaux draps, L'école des cadavres et les deux autres, il ne faut pas lire le texte au premier degré (un peu comme la chanson -très mauvaise ceci dit- de Sardou Au temps des colonies), il n'y a pas une apologie du meurtre comme le fera Robert Brasillach dans Je suis partout (dire qu'il a été fusillé par erreur), mais comme le dit l'un de ses descendants et admirateurs Nabe (citation inexacte), pourquoi les juifs échapperaient ils à sa haine du monde entier? Pour faire plus vite, Céline utilise des clichés qui sont transposables à d'autres peuples. A la rigueur, il se bat plus contre des stéréotypes que contre des individus, mais la manière n'est pas noble et c'est difficile de trouver le second degré.
Après historiquement, il faudrait se renseigner, Céline a caché des enfants juifs, tandis que Sartre le héros de la libération s'est vraiment engagé dans la Résistance à la fin de la guerre, œuvrant plus tôt avec des collaborationnistes de tout poil (pour le coup, l'auteur et surtout le philosophe est plus intéressant que l'homme).
Et puis Céline nazi? Il faudrait relire certains passages sur les nazis et ces moqueries sur Hitler.
Encore une fois, je ne cautionne pas ces pamphlets et je t'attends sur Céline, Claude.
S'il y a des gens de confession juive qui se connectent à bide et musique et voient le lien que j'ai envoyé, je m'excuse d'avance de certaines insultes liées à cette vidéo que je ne partage absolument pas.
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Gozette et Gogo
Chicon carne
Inscrit depuis le 03/05/2005
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 21:48:44
Posté par Claude Bukowski :Posté par Jaksche :Peut-on aimer Duras et le cinéma? Marguerite Duras qui n'a pas seulement écrit des conneries. Elle en a aussi filmé. hug, si tu nous lis : je pense que j'ai trouvé le bidonaute qui se cache derrière Suzanne_A.
Tant que Standard & Purrrrs ne dégradent pas mon GGG tout va bien !
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Claude Bukowski
Abrégé de Lettres
Inscrit depuis le 22/03/2006
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Re: La Question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville?
Le 13-10-2013 à 22:52:47
Entendons-nous bien, je ne cherche pas à lancer une discussion sur Céline ; pour la simple raison que je maîtrise assez peu son œuvre, j'ai certes lu de lui des trucs qui m'ont donné la nausée (alors que la Nausée de Sartre m'a juste endormi), mais son style littéraire est effectivement très intéressant, même si ses idées me paraissent exécrables.
Je voulais juste mettre en lumière ce fait, que l'œuvre de certains créateurs (toutes disciplines confondues) peut être appréciée telle quelle, sans rien connaître de leur personnalité, de leurs idées etc. Et que dans d'autres cas le créateur et son œuvre sont totalement imbriqués, si bien que la personnalité de l'auteur transparaît inévitablement dans l'œuvre, et presque toujours on retrouve à la base une notion de provocation.
Et à mon avis, Melville n'entre pas dans la seconde catégorie.
Ceci dit, je n'ai pas vraiment envie de me lancer dans une dissertation de 12 pages à ce sujet ;)
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hre mgbye
Psychopathe
Inscrit(e) depuis le 23/02/2004
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Re: La question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville ?
Le 15-10-2013 à 17:12:30
Non.
Pourquoi détester ce qu'on n'aime pas ? Suffit de ne pas s'en occuper !
(Je dis ça sans aucun avis sur la question,
Les gens qui généralisent sont tous des cons
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Jaksche
Y raque
Inscrit depuis le 11/12/2001
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Re: La question pertinente de Jaksche numéro 1 : Faut-il détester Jean-Pierre Melville ?
Le 15-10-2013 à 18:49:16
Je vais essayer d'élargir un peu ma critique sur L'armée des ombres.
Un film historique traité comme un film noir avec deux gangs (les Résistants et les Nazis et leurs suppôts de collabos). Cette idée original fait penser à un film d'Anthony Mann Le livre noir traitant selon la même perspective une histoire se déroulant sous la Révolution française. Cette idée est très intéressante et montre que Melville est capable de traiter de chacun de ses thèmes fétiches (dont le thème américain de celui qui ne peut plus retourner chez lui) sans renier sa personnalité dans une entreprise commerciale (il était plutôt doué pour cela, le salut du public et de la critique). Notre personnage principal Gerbier, joué par un Lino Ventura sur les nerfs (il paraît qu'il refusait de parler à Melville au studio) est prisonnier dans un camps où se retrouvent différents résistants. Gerbier arrive en secret, tout le monde ignore son statut et une voix off (si je me souviens bien) fait part de son mépris pour les autres prisonniers, mépris qui peut être à moitié partagé par le spectateur.
Néanmoins après une évasion rocambolesque, il doit sa liberté à un coiffeur collabo joué par Serge Reggiani (pour un caméo au grand déplaisir du spectateur tant Reggiani était un excellent chanteur et un excellent acteur). Suite à sa libération, aidé de deux de ses comparses (joué par les très bons Crauchet et Claude Mann), ils exécutent celui qu'ils croient être le traître, donc d'une certaine façon un demi-coupable, la scène de meurtre réaliste est éprouvante, chacun se désistant pour l'exécution de la tâche (là encore Melville comprend que la violence ce n'est pas deux trois coups de feu ou une oreille coupée comme chez Tarantino). Et c'est là que le film dérape dans un brouillon d'intrigue qui n'intéresse guère tant le personnage de Gerbier est détestable. Il faut sauver un prisonnier, on essaie, Jean-Pierre Cassel se dévoue, ça marche pas, même Simone Signoret avec son allemand d'origine n'y arrive pas, alors on se cache et on fait le point en assassinant ceux qui dépassent. Melville était lui-même résistant, le film réalisé peut en faire douter tant on dirait une critique de la Résistance. Sans être manichéen, la Résistance a dû utiliser des armes pour lutter contre l'occupant, qui pouvait la traiter de terroriste. Action légitime ou pas, Melville a voulu montrer la tragédie romantique des hommes qui essaie de s'élever dans leur milieu naturel mais sont en prise avec ce dernier et luttent sans cesse quitte à parfois lâcher du lest. On est près de la tragédie grecque avec la mort des faux frères, fausses sœurs, des décisions irrémédiables à prendre et des responsabilités difficiles, mais néanmoins, le film part dans tous les sens, sans jamais vraiment assumer de direction. Je n'ai pas revu les autres films de Melville, mais ai-je donc été le seul à ne pas avoir aimé ce film (qui est long en plus)?
Et ce n'est pas la scène très plate de l'évasion de Gerbier de la prison qui sauvera le film.
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